OPTIMISER LE CHOIX ET L’ENTRETIEN DES INVESTISSEMENTS PUBLICS EN AFRIQUE

Le Continent Africain, afin de rattraper son retard de développement sur le reste du monde doit accroitre le niveau de ses investissements plus vite que les autres continents.

 

Les besoins d’infrastructures en Afrique sont estimés à environ 40 % du PIB africain. Le déficit de financement des infrastructures est quant à lui colossal.

En Afrique, l’essentiel des investissements est porté par la puissance publique même si au cours de ces récentes années les projets PPP commencent à prendre du volume. Ces dépenses publiques d’investissement devraient façonner à long terme, l'aspect du continent, la qualité de son environnement et sa capacité à affronter les défis futurs.

Les infrastructures sont d’abord un impératif moral, parce qu’elles permettent d’apporter des services de base comme l’eau, l’électricité, la santé et l’éducation aux populations. Elles contribuent également à l’industrialisation et au développement économique, base d’une croissance inclusive.

Le financement de ses infrastructures reposant en large partie sur les ressources publiques, il importe que la décision de réaliser tel ou tel projet soit prise de la manière la plus éclairée possible. C'est pourquoi, il convient de rendre obligatoire l'évaluation socio-économique des investissements publics des Etats, c'est-à-dire de chiffrer l'utilité sociale d'un projet. Malheureusement, de nombreux projets sont entrepris sans les études préalables, sans les évaluations socio-économiques, sans le souci de complémentarité avec les autres projets. Bref, pour nombre de nos Dirigeants, ce sont les ressources publiques, il s’agit d’investir.

Nos équipes notent que l’évaluation est insuffisamment prise en compte dans le processus de décision et de choix des projets d’investissements publics. Et là où elle est pratiquée, elle ne participe guère à la prise de décision. Les procédures d'évaluation préalable et le processus de décision ne permettent pas toujours de hiérarchiser les projets et de faireprévaloir ceux qui seront les plus utiles à la collectivité; ceux qui auront le plus d’impact sur la vie des populations. En somme, ceux là même qui méritent d’être exécutés avec l’argent public.

A côté de la problématique du choix des investissements, se pose également le problème de leur réalisation. Même si les budgets d’investissements restent en deçà des besoins réels, en moyenne, la plupart des pays ne sont pas en mesure d’atteindre les montants budgétisés. Les ratios d’exécution budgétaire sont en deçà des 50%. Ces faibles taux d’exécution recouvrent des problèmes de planification insuffisante, de déficiences dans la préparation des projets et de lenteurs dans la passation des marchés. Il convient de signaler que les ratios d’exécution budgétaire pour les dépenses courantes de fonctionnement sont plus élevés.

Les équipes de Goodwill Audit & Consulting en charge de la modélisation des investissements préconisent donc ce qui suit :

Comme une entreprise privée, les Etats doivent comparer les dépenses publiques aux avantages, économiques et non-marchands, procurés à la collectivité. Il s'agit donc de comparer les coûts de réalisation aux avantages procurés. A cette différence près que les coûts et les avantages doivent être déterminés pour l'ensemble de la collectivité. Dès lors, un investissement sera une dépense dont la finalité est de procurer dans avantages sur le long terme. C’est ainsi que la réalisation d’une infrastructure routière ne devrait pas avoir pour effet de servir que sur un horizon de quelques mois.

Outre les conséquences financières, le calcul devant conduire à la décision doit donc appréhender les effets non marchands, par exemple les impacts sur l'environnement et sur la cohésion sociale. Le taux d'intérêt bancaire, qui compare les sommes en jeu à des années différentes, est ici remplacé par un taux fixé par l'Etat: le taux d'actualisation. Ce taux joue un rôle central. En effet, il traduit l’arbitrage entre le présent et l'avenir : plus il est bas, plus l’Etat concerné se montre soucieux des générations futures.

Les méthodes d’évaluation et de choix des investissements publics que nous préconisons permettent de prendre en compte les paramètres ci après listés :

  1. Le coût des investissements : Faire en sorte que le montant à payer soit celui de l’investissement à réaliser et non la somme de celui ci avec des contreparties aux personnes en charge de la décision ou de la réalisation.

 

  1. La prise en compte de leur entretien et de leur durée de vie: En cela, les entreprises privées sont plus exemplaires que leurs collègues du public. Elles anticipent mieux les besoins et la nécessité d’entretien de leurs investissements. La finalité économique de la notion comptable d’amortissement en est une belle illustration.

 

Nos études montrent également que, sur le long terme, la relation entre les investissements publics et la croissance a tendance à se dégrader lorsque les investissements publics se concentrent dans des projets de réhabilitation. En effet, les besoins d’entretien et de maintenance doivent être clairement déterminés lors de la décision d’investissement. En effet, une infrastructure non entretenue sera beaucoup plus chère lors de sa réhabilitation.

 

L’engagement à assurer l’entretien est une condition nécessaire pour assurer l’efficacité par rapport aux coûts de la plupart des décisions d’investissement.Le retard constaté dans les réhabilitations n’est qu’une séquence dans la faiblesse des dépenses d’entretien et qui constitue à son tour un gaspillage de taille. Le coût de la réhabilitation étant plusieurs fois supérieur à celui de l’entretien préventif. En effet, 1 Dollar US dépensé pour un entretien routier permet d’économiser 4 Dollars US de réhabilitation.

Il est donc nécessaire de mettre en place des mécanismes de gestion des infrastructures pour réduire à terme les dépenses de réhabilitation, afin de consacrer plus de ressources aux dépenses d’investissement de croissance.

De manière plus spécifique, nous recommandons :

  • L’homogénéisation et la structuration des nombreuses entités en charge du suivi et de la maintenance des ouvrages publics en deux ou trois agences spécialisées en fonction des secteurs
  • Le recrutement des staffs de ces agences uniquement sur la base des critères de solides expériences techniques et des compétences avérées dans les domaines juridique et économique. En outre, ils devront disposer d’un sens élevé de la Nation compte tenu l’importance des sommes en jeu
  • L’élaboration de contrats de performances avec des objectifs mesurables
  • La réalisation régulière de missions d’audits financier et technique dont les résultats sont publiés avec en ligne les mesures correctrices
  • La mobilisation de ressources venant abonder les allocations budgétaires et issues des redevances payées par les usagers.

 

Au final, ce sont les investissements dont les coûts auront été maîtrisés d’une part, bien planifiés et bien réalisés d’autre part et qui auront été bien entretenus qui permettront de transformer le Continent Africain.

 

OUATTARA ABOU-BAKAR, Directeur Associé du cabinet GOODWILL AUDIT & CONSULTING

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